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20 ans sur immigrer.com, 19 ans au Québec (2/2)

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Suite de la 1ere partie

Nous habitons aujourd’hui dans un quartier multicolore comme je les aime. Un coin tranquille encore. À 17 minutes à pieds d’un métro et 5 minutes d’une ligne d’autobus aux horaires fréquents qui traverse tout Montréal du nord au sud. Et j’ai l’immense privilège de vous écrire en ce moment dans mon jardin… Nos voisins sont latinos, italiens, africains, antillais, orientaux, indiens, anglos d’Angleterre aussi pas loin.  Parfois immigrants comme nous, mais aussi nés ici ou ici depuis pas mal de temps… et donc québécois comme mes enfants. Bref. C’est ce que j’aime de Montréal. Cette vie au pluriel. Cette ville, depuis le début, m’a fait du bien au cœur. Je crois bien que je me sens aujourd’hui surtout Montréalaise, même si j’aime bien des endroits au Québec. Je suis aussi tombée amoureuse du bas du fleuve… Je passerai sans problème des années là-bas je pense bien. Entre le fleuve et l’océan. Je n’ai pas besoin de beaucoup pour être bien, je reste consciente que je suis privilégiée sur cette planète d’être là où je suis et vivre comme je vis. Beaucoup ont bien plus, mais encore plus ont bien moins. 

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Ma vie ici n’est pas compliquée. Elle coule… même si parfois elle m’apporte des défis difficiles, mais ce n’est pas l’immigration ou le Québec qui sont responsables, c’est seulement la vie. Et je pense qu’être au Québec, entourée de ceux que je connais ici maintenant, fait que c’est plus facile pour moi au final. Y’a toujours quelqu’un pour me dire que ça va aller. Que la vie trouvera son chemin. Mes amis ici sont multicolores et tous tellement différents que j’aime les écouter et apprendre de leurs différents points de vue. C’est une richesse incroyable. J’ai trouvé de l’écoute ici. Des gens qui aident et partagent sans toujours poser de question. Le mot communauté a un sens. Une volonté de tendre vers une société plus égalitaire souvent. Enfin, là où je vis, c’est comme ça. Les gens sont attachés à certaines valeurs sociales qui me rejoignent. Rien n’est parfait évidemment, et il y a aussi des imbéciles, c’est évident. Mais dans l’ensemble, j’ai trouvé un équilibre dans cette vie que je me suis choisie. Et une simplicité qui me fait du bien. Parce que bon, j’ai déjà assez de mon cerveau en désordre pour me perdre, donc je crois bien que j’ai trouvé le bon endroit ici pour me poser. Je l’ai tout de suite ressenti il y a 19 ans bientôt, et j’en suis toujours convaincue aujourd’hui.

Donc, si on me pose la question qui m’est encore souvent posée : penses-tu retourner en France un jour ? Ben, non, jamais pantoute ! (même si on m’a souvent répété qu’il ne faut jamais dire jamais…) À moins de circonstances majeures, ma vie est ici et j’y reste. Même si mes vieux amis me manquent… et qu’Internet ne suffit pas toujours pour les envies de câlins et de soirées sans fin avec eux. Je ne pourrais pas vivre ailleurs pour le moment. C’est ici que je me sens chez moi. Depuis pas mal de temps maintenant. Même si je ne peux pas dire que je me sens complètement québécoise, puisque toujours immigrante, mais j’ai eu tellement de belles rencontres ici, de gens tellement généreux autour de moi, que mon cœur est définitivement ici. Et je vous confirme aussi que mon chum le ressent tout comme moi.

Vivant à Montréal depuis maintenant 18 ans (19 ans au Québec), je ne peux évidemment pas parler du reste du Québec pour le quotidien, mais mes quelques amis originaires d’autres coins du Québec me confirment qu’on y retrouve des gens qui ont l’esprit ouvert et curieux, qui n’abandonnent pas et qui, lorsqu’ils offrent leur amitié pour vrai, sont loyaux et présents quand il faut. En toute simplicité et spontanéité. Ces quelques années m’ont apporté de généreux amis de plein d’horizons et origines différentes, de pleins de continents : Amérique du nord, Amérique latine, Asie, Afrique, Europe (oui, oui, quelques-uns)… Des québécois « de souche » comme on dit, mais aussi certains d’ailleurs, comme nous, mais plus souvent arrivés ici enfants ou immigrants depuis longtemps. Francophones comme anglophones, c’est tellement riche ici. Je rêve de rassembler tout ce beau monde en une seule fois autour de ma table. Mais pas encore réalisé;) Un projet !

Voilà, vous le comprenez bien je pense, j’aime ma vie ici. Je ne suis pas objective ! J’aime le Québec et Montréal en particulier. J’aime aussi définitivement être une femme au Québec. Je travaille dans le milieu social, éducatif et communautaire depuis toujours et après plusieurs emplois plus ou moins satisfaisants dans les premières années ici, j’ai fini par trouver une job qui me convient. Je travaille avec des femmes de plein d’horizons et qui ont à cœur le bien-être et l’avenir des femmes au Québec, depuis 9 ans à la même place (un record pour moi qui avais la bougeotte!). Bon, 3 postes différents durant ces 9 années, mais depuis un peu plus de 5 ans dans le dernier. Échanges intéressants avec tout le monde. Possibilité de s’exprimer, de la place pour l’autonomie, la créativité, la formation continue. Milieu professionnel enrichissant. J’aime ça ! Pour la féministe que je suis, je ne pouvais trouver mieux que le Québec et cette communauté. Je me sens utile. Et ce qui ne gâche rien, j’ai de bonnes conditions de travail : horaires flexibles, 5 semaines de congés par an et bientôt une autre de plus avec l’ancienneté, assurances privées, REER, 12 jours de congés personnels en plus. Bref. Une flexibilité qui fait du bien. 

J’ai aussi repris les études il y a quelques années pour enrichir mes connaissances et compétences. J’ai adoré l’université ici. Les échanges avec les profs, cette approche d’égal à égal, le partage d’expérience entre étudiants qui pour la plupart travaillaient aussi, l’ouverture. Bref. Un nouveau diplôme en poche et pleins de projets encore. Et non, cela ne m’a pas coûté un bras. En s’organisant, on peut étudier à temps partiel tout en travaillant et oui, cela m’a demandé des efforts, c’est certain, et un peu plus d’énergie pendant 2 ans, mais ça en valait la peine. Ajouté à mon expérience (essentielle ici), c’était un plus pour avancer par la suite dans ce que je voulais. Mon chum, lui, travaille toujours dans le même domaine pour le moment. Il a développé son expertise et surtout ses contacts professionnels avec le temps. C’est ce qui fait qu’il est reconnu pour ses compétences malgré un parcours atypique et sa formation d’origine hors contexte. L’opportunité de se former dans un secteur nouveau, de se réinventer dans notre vie professionnelle, ça peut se faire à tout âge ici. Mes enfants ont la chance de grandir dans un monde éducatif plutôt souple et ouvert. Ils savent qu’ils peuvent changer d’avis. Essayer autre chose. C’est un grand plus dans leur vie.

Mon quartier en pleine évolution

Alors voilà… que dire d’autre ? Ah oui… La météo ! On ne peut pas parler du Québec sans parler de météo… (si ça ne vous intéresse pas : passez les 4 prochains paragraphes). Le facteur vent ou humidex n’ont plus de secret pour nous. « Maman, c’est quoi la météo aujourd’hui ? Combien de probabilité de précipitations ? –prend mon skate ou pas mon skate ?- La température que tu dis, là, c’est la vraie Celcius ou la ressentie ? » Moi : va voir dehors sur le balcon, teste le vent avec ton doigt, regarde les nuages et envoye ! » « Maman, dis, vas-tu y’avoir enfin d’la neige là là ? c’est looooong. Faut-tu qu’j’mette une veste ou non ? J’peux partir sans pantalon d’neige ? sans manteau de pluie ? » Le temps peut changer rapidement ici. Et on vit 4 vraies saisons.

Moi qui aimait l’hiver, je l’aime toujours. J’aime toujours autant la neige qui tombe à plein ciel. Les tempêtes qui rendent la ville presque silencieuse. La lumière qui s’accroche aux arbres, aux escaliers, aux vélos oubliés. Marcher dehors dans ce temps-là, c’est presque toujours magique. À chaque fois, je suis juste pleine de gratitude de vivre d’aussi beaux moments de grâce. Parce que bon, oui, moi, j’aime la neige. Une bordée de neige me remonte toujours le moral ! J’ai de bons amis (et mon chum maintenant) qui vous parlerait de la neige avec d’autres mots… plutôt du genre « bon, encore d’la marde blanche, crisssss !!! » ahah ! « Tabaranac d’ostie d’câlisse d’marde blanche » Hein. Bon. Pas vraiment de magie dans c’temps-là. La joie du pelletage pour tous les proprios de voiture ! Moi, j’attends mon autobus par tous les temps : toujours au rendez-vous !  Sinon, c’est plutôt la glace qui me rend plus grincheuse… J’ai appris avec le temps à marcher « spécial glisse » pour éviter le plus possible les chutes, mais comme je me déplace beaucoup à pieds, c’est jamais l’idéal les jours de verglas. Mais j’avoue que je suis restée souvent figée devant la beauté des arbres recouverts de sa brillance… Mais sinon, l’hiver, fait frette… On sort pas sans tuque, mitaines doublées, foulard de laine, etc. Bon sauf mon ado de fils qui a des superpouvoirs (comme tous les ados) et qui dit ne pas avoir besoin de tout ça tant qu’il a des poches et une capuche… et qui part avec ses souliers de toile ou de course dans la neige (« Elle est tassée là, pas de soucis sur les trottoirs »). Enfin, que dire des moments passés dans un spa bouillonnant sous les flocons qui tombent autour : la joie totale ! 

J’aime toujours la sensation du vent dans mes cheveux lorsque le printemps arrive enfin et que je peux sortir dehors pour la première fois depuis des mois sans tuque ! Le son des talons de mes bottines qui claquent sur le sol sec et gris. Important le son. Ça n’existe pas l’hiver ce son-là… ou si peu. Mon pas prend un autre rythme. Sortir sans gros manteau, respirer pleinement sans avoir le nez qui gèle à l’intérieur. La pluie qui lave la slusch grise et l’apparition des déchets oubliés sous la glace… C’est le temps des corvées de ménage. Bien bien plus tard arrivent les premiers bourgeons aux arbres et les premières feuilles vert clair. C’est un autre moment que j’attends chaque année avec le sourire. Le retour des oiseaux… Et de tout un tas d’autres sons et odeurs dans la ville… Bon, il arrive qu’on doive encore pelleter quand les arbres ont sorti leurs premières feuilles et qu’on entend les oiseaux chanter. Toujours spécial. Ces dernières années, le printemps amène aussi beaucoup de pluie, des inondations… Pas facile pour les gens qui habitent au bord des rivières.

L’été, la saison des gougounes et des moustiques ! Les gougounes, certains osent même au premier jour plus chaud au printemps et ne les quittent plus par la suite. Je les comprends aujourd’hui… Quant aux moustiques… et les mouches noires, et les araignées, et les fourmis… Bref. L’été quoi. Humide et chaud. Collant. Souvent, c’est là que je me plains le plus de la météo, moi… Mais cette année, j’essaie de l’apprécier la chaleur, car on a eu vraiment froid cet hiver. Et ça a été long. J’avoue aussi que vivre enfin dans un rez-de-chaussée me fait survivre aux grosses chaleurs beaucoup plus facilement qu’au 3e étage d’un triplex au toit de bitume. On recherche l’eau. On trouve un coin de plage quelque part, une piscine chez des amis, une bataille d’eau dans la ruelle ou le jardin… L’eau est une richesse au Québec. Tellement accessible qu’il a longtemps été oublié de la protéger. Les temps changent… C’est aussi le temps des vacances bien souvent. Plus d’école, moins de lunchs… Plus de temps au ralenti. Le temps des soirées entre amis sur une terrasse de pub ou de café. Ah oui… c’est aussi la saison des festivals de toute sorte. Et le BBQ… 

J’aime évidemment toujours autant voir arriver les journées plus fraîches de l’automne, saison parfaite pour les ballades sans bibittes et colorées. Saison des couleurs – le rouge des érables ! –, de l’été indien (parfois), des chandails de laine doudous, des soirées dehors, des derniers rendez-vous sur les terrasses… Quand les feuilles des arbres tombent, beaucoup trouvent le temps long en grisaille… et attendent avec impatience les premiers flocons blancs ! Jusqu’à la première vraie bordée qui illumine tout. Le mois de décembre se prête bien à la joie des premières neiges, mais dès les fêtes passées… c’est moins la joie pour bien du monde.  L’automne c’est aussi la saison plus chargée en visites ! La visite vient souvent plus à cette période ou parfois l’été aussi. L’hiver n’a pas eu de succès bien longtemps… 

Mon jardin

Alors… 20 ans après avoir décidé de venir vivre au Québec, notre vie se résume-t-elle à cette expérience de vie qu’est l’immigration? C’est certain qu’elle est présente régulièrement dans nos vies. À chaque nouvelle rencontre, nous sommes encore questionnés sur notre raison d’avoir immigré, notre origine – Vous êtes français! Eh oui… – , depuis combien de temps on vit ici… Il y a toujours un haussement de sourcils quand on dit le nombre d’années. 19… presque 20 ! Ça devient sérieux. Ce n’est plus une folie passagère. Non. On commence à faire partie des « vieux » immigrants. Moins « nouvelle vague ». 

Mais au travers de cette chronique, la question qui me reste c’est : est-ce que ce « bilan » est le résultat de toutes ces années d’immigration au Québec ou tout simplement de ce qui fait la vie. Bien sûr on a fait des choix, comme le fait de changer de pays, d’environnement, etc. Mais certains choix auraient pu être les mêmes ailleurs. Je crois dans le fond que ce qui fait qu’on est bien quelque part c’est de vivre dans un environnement qui convient à nos valeurs, qui respecte nos choix personnels pour notre vie, qui correspond à ce que l’on est et veut vivre, etc. entourés des gens qu’on aime et avec qui on souhaite partager, aimer, rire, écouter, consoler, rire encore… Après, chaque choix est discutable et ce qui est bon pour nous ne l’est pas forcément pour d’autres. Alors, ce que je vous écris aujourd’hui est complètement subjectif et relatif selon vos propres choix et valeurs.

Nous avons trouvé un endroit où nous sommes bien. Je vous le souhaite à toutes-tous. Mais est-ce que le Québec est le choix numéro un pour tous? Non, je ne crois pas. Est-ce que vivre ici a eu un impact majeur sur qui l’on est aujourd’hui et notre vie actuelle? Évidemment que oui. Lorsque je vais en France (pas souvent…), je ressens un profond décalage entre ce que je suis devenue ici et la société française telle qu’elle est maintenant. Je ne suis plus assez informée de tout ce qui se passe là-bas pour y retrouver tous mes repères, qui commencent à dater. Je n’y vais plus souvent. Je suis de loin. Mais ce n’est plus suffisant pour me sentir totalement adaptée dans mon « ancien » pays. Si je devais à nouveau vivre en France aujourd’hui, je crois que je vivrais une nouvelle immigration et un sacré choc au final. Pas certaine que je m’y adapterais bien. Ma vision du travail, de la vie, ma façon d’élever mes enfants, leur vision du monde, de l’école, de leur avenir, tout est différent du fait de l’endroit où nous avons tous grandis ensemble ces dernières années. Faire un résumé de ce qui change ta vie entre 27 et 46 ans, c’est un peu plus qu’une immigration et un nouveau pays. Ce sont des années intenses de création de vie, cette vie qui bouge et évolue quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Les défis rencontrés ne sont pas évidemment liés forcément à une immigration. Mais notre environnement nous influence dans notre façon d’y faire face et de les relever. Merci à ceux qui nous sont proches ici pour ça. Et à tous ceux qui nous ont donné ce coup de pouce essentiel lorsque nous en avions besoin.

Alors… Qu’est-ce que ces 19 ans au Québec ont changé dans ma vie ? Presque tout.

Crédits Photos: Emma Brion

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Écrit par
Emma

Emma, la première blogueuse du site, est arrivée à l'automne 2000 au Québec avec son conjoint aussi Français Antony. Depuis elle n'a jamais quitté Montréal et travaille dans le monde du communautaire. Elle a écrit des billets au début des années 2000. En 2019, elle est toujours au Québec avec son conjoint et maintenant leurs deux enfants.

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