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Infirmières étrangères au Québec : un programme d’intégration critiqué

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Un rapport interne du ministère de l’Immigration du Québec met en lumière de graves lacunes dans le programme provincial de recrutement d’infirmières étrangères. Destiné à pallier la pénurie criante de personnel infirmier dans les régions, le programme, lancé en 2022, fait face à des critiques importantes concernant son organisation et l’accompagnement des recrues.

Selon le document, les participantes – pour la plupart originaires de l’étranger – ont rencontré de nombreux obstacles à leur arrivée : pénurie de logements, absence de services de garde, difficultés de transport, et un manque flagrant d’information sur les réalités du quotidien au Québec. Ces difficultés auraient eu un impact direct sur leur intégration et leur capacité à suivre la formation offerte.

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« Rapidement lors du démarrage de la phase 1, des obstacles majeurs pour l’installation des participants ont été rencontrés », souligne le rapport.

L’initiative gouvernementale, dotée d’un budget de 65 millions de dollars, vise à recruter 1 500 infirmières étrangères d’ici 2028. Ces dernières reçoivent une formation rémunérée de 500 $ par semaine dans des cégeps, afin d’adapter leurs compétences aux normes québécoises.

Mais pour de nombreuses participantes, la transition a été brusque. Un infirmier originaire d’Afrique, arrivé en juin 2023, affirme ne pas avoir été préparé à l’ampleur du programme. Il évoque un manque de transparence et un sentiment d’être traité « comme un enfant », sans avoir reçu d’information complète sur la nature et la charge de la formation.

Une intégration difficile en région

Le rapport dresse un constat particulièrement préoccupant pour les régions éloignées, souvent dépourvues d’infrastructures essentielles. Certaines infirmières, venues accompagnées de leurs enfants, ont peiné à trouver un logement, notamment en raison de l’absence d’historique de crédit. En Gaspésie, des logements modulaires ont même dû être construits en urgence.

Le manque de places en garderie a forcé plusieurs conjoints à demeurer à la maison, compromettant l’équilibre familial. Le transport a également représenté un défi majeur : l’absence de réseau efficace dans plusieurs régions a contraint les recrues à obtenir un permis de conduire québécois et à acheter un véhicule, une dépense imprévue.

« Ces enjeux (…) ont fait ressortir l’importance de présenter un portrait honnête des coûts et défis liés à la vie au Québec et dans la région de destination », indique le rapport.

Un encadrement pédagogique sous pression

Le programme de formation, d’une durée de 9 à 14 mois, a aussi montré ses limites. En raison de la pénurie d’enseignants et de superviseurs, le parcours académique des recrues s’est avéré plus difficile que prévu.

La pression est d’autant plus grande que tout échec à un cours entraîne l’exclusion du programme, avec perte du soutien financier et du droit de travailler à temps partiel comme aide-soignante. Les infirmières peuvent se réinscrire, mais doivent parfois attendre plusieurs mois pour que les cours soient de nouveau offerts, période durant laquelle elles n’ont aucun revenu.

C’est ce qui est arrivé à l’infirmier interviewé, qui a échoué un stage en juin 2024. Il a pu se réinscrire en janvier, mais entre-temps, il a dû emprunter de l’argent à des amis pour subvenir à ses besoins essentiels.

« Je ne suis pas heureux. Au moins, (dans mon pays d’origine), j’avais ma famille — mes frères, mes sœurs… Mais ce n’est pas le cas ici au Canada. Je n’ai pas d’argent à envoyer ou pour faire quelque chose, parce que l’argent que j’ai, c’est pour l’épicerie », a-t-il confié.

Selon lui, les conséquences d’un échec n’avaient pas été clairement expliquées, et s’il avait connu les exigences réelles du programme, il ne serait probablement pas venu.

Au total, environ 16 millions de dollars ont été dépensés pour la première phase, soit environ 77 000 $ par infirmière pour 207 participantes.

Pour Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales, le constat est sans appel :

« Je ne comprends pas pourquoi ces enjeux n’ont pas été correctement pris en compte lors de l’élaboration de ce programme. »

Alors que le Québec s’efforce de répondre à la crise du personnel soignant, ce rapport soulève des questions cruciales sur la manière d’accueillir dignement et efficacement celles et ceux qui viennent prêter main-forte au réseau de la santé.

Le gouvernement maintient le cap

Malgré les critiques, le gouvernement reste fidèle à sa stratégie. En réponse à une demande d’accès à l’information, Québec a diffusé les rapports internes des cégeps ayant participé à la première phase. Ils révèlent une charge de travail jugée excessive et des difficultés d’adaptation linguistique et culturelle.

Certaines recrues ont vécu un choc culturel important, notamment en lien avec le vocabulaire utilisé dans les soins et les accents québécois. Un cégep a même signalé que les discussions sur l’avortement ou l’aide médicale à mourir ont provoqué des tensions éthiques et émotionnelles chez certains étudiants.

« Le rythme académique soutenu et les grandes conséquences en cas d’échec ont fait vivre un grand stress aux étudiants », souligne l’un des rapports.

Pourtant, plus de 90 % des recrues des deux premières phases ont réussi la formation, selon le ministère de l’Immigration. À la fin février 2025, 867 personnes avaient obtenu leur certification.

Le gouvernement affirme avoir amélioré la préparation des cohortes suivantes, notamment en leur fournissant des offres de logement avant l’arrivée et en débutant l’accompagnement depuis l’étranger, plusieurs mois à l’avance.

« Forts de l’expérience acquise lors des cohortes précédentes, les efforts combinés à l’accompagnement des personnes dès l’étranger ont permis de minimiser les embûches liées aux démarches d’installation », a affirmé le porte-parole Xavier Daffe-Bordeleau.

Le cabinet du ministre Jean-François Roberge n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Source : Noovo

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Écrit par
Laurence Nadeau

Originaire de Montréal, Laurence Nadeau, cofondatrice d'immigrer.com, conférencière et aussi auteure de plus d'une dizaine de guides publiés (et mises à jour) en France sur l'installation, le travail et l'immigration au Québec et au Canada aux Éditions L'Express (et L'Étudiant). Auteure de "S'installer et travailler au Québec" aux éditions L'Express.

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