Sondage : un Américain sur cinq veut devenir Canadien
jeudi , 3 avril 2025
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Sondage : un Américain sur cinq veut devenir Canadien

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C’est un chiffre qui, à première lecture, semble presque absurde : 20 % des citoyens américains déclarent qu’ils préféreraient que l’État où ils vivent devienne une province canadienne. Cette proportion grimpe à 30 % chez les 18-34 ans, selon un sondage publié par l’institut Léger en mars 2025.

Si l’on inverse la question, le résultat est tout aussi révélateur : moins d’un Canadien sur dix exprime l’envie que son pays devienne le 51ᵉ État des États-Unis, et cette proportion tombe à moins de 5 % parmi les électeurs libéraux et bloquistes.

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À première vue, on pourrait sourire de cet improbable « référendum virtuel ». Pourtant, derrière cet apparent fantasme géopolitique, ce sondage révèle des fractures bien réelles : une crise de confiance profonde chez les Américains vis-à-vis de leur propre pays, un désenchantement générationnel et un regard admiratif tourné vers un Canada perçu comme un modèle alternatif.

Un sondage qui en dit long sur l’état de l’Amérique

Cette préférence affichée pour le Canada ne s’explique pas par un soudain intérêt pour la monarchie constitutionnelle ou le sirop d’érable, mais par un contexte politique, économique et social américain de plus en plus délétère.

Depuis le début de son second mandat en janvier 2025, Donald Trump a radicalisé ses orientations. Il a imposé des tarifs douaniers de 25 % sur les importations canadiennes et mexicaines, sous l’appellation provocatrice de « Liberation Day Tariffs ». Objectif : stimuler la production nationale. Résultat : hausse des prix à la consommation, tensions diplomatiques, fragilisation du commerce nord-américain.

Parallèlement, Trump a remis sur la table des ambitions territoriales jugées farfelues : il a publiquement affirmé vouloir annexer le Canada, le Groenland et le canal de Panama, estimant ces territoires stratégiques pour la sécurité nationale américaine. Ces déclarations, qui avaient déjà ponctué son premier mandat, ont suscité des réactions de méfiance, voire d’indignation, à Ottawa, Copenhague et Panama City.

S’ajoutent à cela un rapprochement assumé avec la Russie, une réduction du soutien militaire à l’Ukraine, et un isolement progressif des États-Unis sur la scène internationale.

La purge fédérale du DOGE

Autre facteur clé dans le climat anxiogène que traverse actuellement l’Amérique : la politique menée par le Department of Government Efficiency (DOGE), créé par Trump et confié à Elon Musk.

Présenté comme une mesure de rationalisation administrative, le DOGE a orchestré, en quelques mois, la suppression de plus de 50 000 postes de fonctionnaires fédéraux. Les coupes ont particulièrement touché les secteurs de la santé publique, de la recherche scientifique, de l’éducation et des services sociaux.

Pour ses partisans, cette initiative est un moyen de « réduire la bureaucratie et libérer l’innovation ». Pour ses détracteurs, il s’agit avant tout d’un démantèlement idéologique de l’État social, au détriment des plus vulnérables.

L’Amérique du repli et du protectionnisme

L’ensemble de ces décisions économiques et diplomatiques s’inscrit dans un retour en force du protectionnisme trumpien. Mais cette stratégie n’est pas sans coût.

Les économistes alertent depuis plusieurs mois : les tarifs douaniers, les restrictions commerciales, la purge fédérale et l’affaiblissement des alliances internationales exposent les États-Unis à un risque accru d’inflation structurelle et de ralentissement économique. Plusieurs indicateurs anticipent déjà une hausse des prix durable, accentuée par la hausse des coûts d’importation.

Pour de nombreux Américains, en particulier les plus jeunes, ces mesures s’ajoutent à un climat social déjà tendu : endettement étudiant massif, accès difficile aux soins de santé, inégalités croissantes, violence armée endémique et polarisation politique extrême.

Le Canada, une alternative idéalisée

C’est dans ce contexte que le « rêve canadien » s’installe chez une part croissante des Américains.

Le sondage Léger illustre un phénomène plus large : le Canada est perçu par de nombreux citoyens américains non seulement comme un pays voisin, mais comme une version plus humaine, plus apaisée, plus équilibrée du modèle nord-américain.

Parmi les éléments qui nourrissent cette fascination :

  • Un système de santé universel, financé par l’impôt, garantissant un accès aux soins à l’ensemble de la population, là où des millions d’Américains croulent sous les dettes médicales.
  • Un coût des études universitaires plus abordable et une dette étudiante considérablement plus faible.
  • Des politiques de contrôle des armes à feu plus strictes, avec un taux de violences armées largement inférieur.
  • Un climat politique moins polarisé et une gouvernance plus consensuelle.
  • Un engagement environnemental plus marqué, avec des politiques climatiques ambitieuses.
  • Un tissu social plus solidaire et un taux de pauvreté structurelle plus faible.
  • Des villes parmi les plus sûres et agréables au monde : Montréal, Toronto, Vancouver ou Québec apparaissent régulièrement en tête des classements internationaux en matière de qualité de vie.

En somme, le Canada incarne pour beaucoup d’Américains un modèle nord-américain plus stable, plus social et plus prévisible.

Un désir révélateur d’une crise générationnelle

Ce qui frappe dans le sondage, c’est le clivage générationnel qu’il révèle : 30 % des 18-34 ans se déclarent favorables à une intégration canadienne, contre 20 % dans l’ensemble de la population.

Cette jeunesse, confrontée à la précarité économique, à la montée des inégalités et à une gouvernance perçue comme instable, exprime à travers ce sondage un rejet clair du modèle américain actuel.


Une volonté à sens unique

Face à cette aspiration, le contraste canadien est saisissant.
À peine 9 % des Canadiens souhaiteraient que leur pays devienne un État américain. Chez les électeurs progressistes (libéraux et bloquistes), cette proportion tombe à moins de 5 %.
Autrement dit, l’amour ne va que dans un sens.

Les Canadiens, largement attachés à leur souveraineté, à leur système social et à leurs institutions, ne nourrissent aucun projet d’intégration aux États-Unis, et encore moins dans le contexte politique actuel.

Un sondage, un symptôme

Le sondage Léger ne préfigure évidemment aucun projet politique réel.
Personne n’imagine sérieusement qu’un État américain déposera une demande d’intégration auprès d’Ottawa.
Mais il agit comme un thermomètre social, un signal faible, révélateur d’une perte de confiance d’une partie des Américains dans les fondements mêmes du rêve américain.

Il illustre un basculement générationnel et culturel, où le modèle américain est de moins en moins perçu comme enviable, et où le Canada devient, dans l’esprit de nombreux jeunes Américains, l’autre Amérique possible.


Sources :

  • Sondage Léger, mars 2025
  • The Guardian, Axios, NY Post, Brookings Institute
  • Rapports DOGE, OCDE, Statistique Canada

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Écrit par
Laurent Gigon

Cofondateur du site Immigrer.com

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  • Chaque Etat américain devrait profiter de son autonomie pour améliorer son niveau de développement humain en s’inspirant, pourquoi pas, du modèle de leur voisin canadien. Pour ce faire, pas besoin pour un Etat américain de demander son integration au Canada. D’ailleurs, le nouvel Etat virtuel devrait se demander s’il est prêt, entre autres, pour le bilinguisme. Le gouvernement fédéral devrait sd demander aussi s’il serait pret à retirer quelques étoiles de son drapeau.

    L’intégration éventuelle au Canada n’est pas à mes yeux une affaire d’Etat, mais une affaire individuelle tout au plus familiale, surtout si seule une faible majorité de cet Etat américain souhaiterait intégrer le Canada.

    Le Canada a raison de tenir bon, de défendre son identité et ses valeurs. C’est ainsi qu’on gagne l’estime de ses voisins proches ou lointains.

    La volonté d’annexion du Canada, du Groenland et du Canal de Panama relève du fantasme, pas d’une stratégie de défense (contre qui ?). Les hautes autorités des Etats-Unis ont en travers de la gorge d’être à ce jour la 1ère puissance mondiale et le 4e pays par la superficie deux places derrière leur voisin du nord. Le desir de Trump d’annexer Canada et Groënland est une histoire d’amour-propre (l’adjectif laisse à désirer) mal placé pour devenir le pays le plus étendu au monde. Même avec ces annexions que je ne souhaite pour rien au monde, le terme Amérique pour désigner les États-Unis continuerait à relever du langage abusif. Ils ne constitueraient que l’Amérique du Nord et devraient revoir leur appellation.

    Soyons sérieux : il reste beaucoup à faire, à exploiter, à améliorer aux niveaux qualite de vie, fonctionnement et institutions aux États-Unis. L’heure n’est pas à une extension qui les détournerait de cette mission d’amélioration et les desservirait. Il y a environ 35 habitants/km² aux États-Unis. Est-ce suffisant pour la mise en valeur et le dynamisme du pays ? D’ores et déjà, ils peuvent remercier le Canada de leur servir de modèle et oublier les paroles de Clinton adressées un jour aux Européens : « Mais pourquoi donc ne faites-vous pas comme nous ? ». Désavoué par une partie significative de la population du pays de l’Oncle Sam, le modèle américain a vécu et est appelé à évoluer, certainement pas à coups d’annexions territoriales.

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